5/01/2014

La version officielle de Kinshasa, qui indique les rebelles ougandais de l’ADF-Nalu comme les auteurs du meurtre, ne tient pas la route. Un faisceau d’indices convergents suggère au contraire la participation de soldats de l’armée régulière à l’assassinat du patron des URR. Ils auraient, selon nos sources, obéit aux ordres d’un officier proche du chef de l’Etat.

The official version of Kinshasa, which indicates the Ugandan rebels of the ADF-Nalu as the murderers, is not consistent. Converging evidence suggests the contrary, involving soldiers of the regular army to murder the boss of URR. They have, according to our sources, obeyed the orders of an officer close to the head of state.

L’Agence d’information - samedi 4 janvier 2014

Personne n’y avait cru. Lorsque le jeudi 2 janvier en fin de journée, Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, faisait état de la responsabilité des rebelles ougandais des ADF-Nalu dans la disparition violente du colonel des Forces Armées (FARDC) Mamadou Mustafa Ndala, tué quelque heures auparavant lorsque il était à bord de sa jeep sur la route reliant Beni à Eringeti, dans le Nord-Kivu, sa déclaration n’avait pas fait que des émules, au contraire. Et cela malgré les fonctions nouvellement attribuées à Ndala, qui avait été chargé, à la tête de ses Unités de réaction rapide (URR), de partir à la chasse des ADF.

Mis à part Mende, dont les affirmations avaient été distillées sur le petit écran avec un ton faussement décontracté qui cachait mal son embarras, aucune autre haute autorité du pays n’était intervenue pour dissiper le malaise auprès d’une population à la quelle on avait voulu faire croire que ce colonel, originaire de la province de l’Equateur, était le héros de la prétendue « victoire » sur les troupes du M23.

Pointer le doigt sur les ADF, dont les miliciens n’ont jamais était présents dans cette zone située à une dizaine de kilomètres de Beni, totalement sous contrôle des forces régulières, a rendue immédiatement suspecte la version officielle. D’autant que ce genre d’action ne rentre pas dans la stratégie de ce groupe, qui occupe la plupart des localités dans la chefferie de Watalinga, où il est aussi installé en bonne entente avec les communautés nande qui y habitent. Les moyens logistiques, de renseignements et opérationnels de celle qui demeure une petite milice à l’armement léger ne lui auraient pas permis non plus de mener avec succès une initiative si audacieuse en territoire “ennemi”.

A ces remarques s’ajoutent le jour suivant les déclarations du garde du corps du célèbre Mamadou, de nom Paul Safari, rescapé miraculeux de l’accident. Dans une interview à Radio Okapi, le militaire témoigne sans hésiter que les assaillants portaient l’uniforme des FARDC : « J’ai bien vu, ce sont des tenues des FARDC. Je n’ai pas compris. J’ai fui et ils m’ont poursuivi sans relâche jusqu’à une certaine distance. Ils m’ont manqué dans la forêt. Là encore, j’ai revérifié leur habillement et je me suis rendu compte que c’étaient nos tenues. Franchement, ce ne sont pas les ADF-Nalu qui nous ont attaqués. Et c’est ce qui me fait plus mal. Faut-il penser à un montage ? »

En ce qui concerne l’arme du crime aussi, les doutes fusent. Selon la version gouvernementale, il s’agirait d’une roquette qui aurait visé de plein fouet le colonel. Mais le corps de quelqu’un atteint par un RPG7 ne se trouve certes pas dans l’état presque intègre dans lequel on voit distinctement celui de Ndala dans la vidéo qui a commencé à circuler sur youtube et les réseaux sociaux peu après cet épisode controversé. La cabine de guide de la jeep, où l’officier se trouvait, n’a pas été détruite par le projectile, ce qui est inconcevable si l’on considère la force de nuisance du projectile. Le véhicule aurait au moins dû être renversé ou déplacé de travers dans la chaussée. Ce dernier est par contre garé au bord de la route, comme si le chauffeur avait arrêté volontairement la course. Des militaires, que les occupants de la jeep connaissaient, ont-ils fait signe au conducteur de serrer à droite et d’arrêter la jeep, avant d’abattre à bout portant le haut gradé et ses gardes du corps, sauf Safari, qui arrive à s’enfuir ?

Logiquement, le colonel Mamadou a été éliminé pour avoir voulu se prêter à un jeu plus grand que lui. Quand la mise en scène de la montée en puissance des FARDC a été concoctée par le duo Ladsous-Kobler – respectivement patron du Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies et chef de la mission onusienne en RDC – cet ancien militaire de Jean-Pierre Bemba Gombo au sein de l’armée du MLC a bien voulu se prêter à jouer le rôle du sauveur de la patrie. Et faire oublier les revers subis face aux brigades du M23, comme en août 2012, quand il avait été obligé de quitter avec précipitation le front de Bunagana pour s’abriter en Ouganda alors qu’il était poursuivi par les hommes de l’ARC, branche armée du M23 !

Cependant, son ascension n’était pas pour plaire à tout le monde, notamment dans les hautes sphères de la maison militaire du président Kabila. Celui-ci venait d’envoyer à Beni un contingent des FARDC pour, dit-on officiellement, soutenir l’effort de guerre du vaillant Mamadou contre les ADF. L’un des chefs de ce contingent est le colonel Mundos, un militaire kivutien d’origine hunde, spécialisé en basses œuvres pour le compte du régime. C’est lui que nos sources de Kinshasa indiquent comme le commanditaire probable de l’exécution du « héros national ».

Pièce par pièce, et après la féroce répression qui a coûté la vie à 140 militaires qui revendiquaient leur solde la veille du jour de l’an (on y viendra dans une prochaine dépêche), le théâtre d’ombres où la fausse victoire des FARDC a été mise en scène est en train de se démonter tout seul. Comme l’état de grâce artificiel d’un pouvoir de plus en plus fragilisé et visiblement en proie à des convulsions internes.

La RDC serait-elle à un tournant de son histoire ?

L’Agence d’information

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 5/01/2014
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