Tentatives échouées de rapatriement forcé des combattants ex-M23

16/12/2014
16/12/2014

Malgré l’intervention musclée des forces ougandaises dans le camp militaire de Bihanga, les jeunes militaires de l’ancienne rébellion ont opposé une résistance farouche à leur déportation en RDC, où leur vie est en danger, et les autorités de Kampala ont pour le moment suspendu l’opération.

Despite the strong intervention of the Ugandan forces in the Bihanga military camp, the young soldiers of the former rebellion fiercely resisted their deportation in DRC, where their lives are in danger. Kampala authorities currently suspended the operation.

Démarrées à l’aube de ce mardi 16 décembre, les opérations de rapatriement forcé des militaires de l’ex-rébellion du Mouvement du 23 Mars (M23, opposition politico-militaire du gouvernement de Kinshasa, en République démocratique du Congo) cantonnés dans le camp de Bihanga, en Ouganda, ont provoqué la réaction des anciens combattants congolais.

Ceux qui n’ont pas été surpris dans le sommeil par les membres de l’armée ougandaise, ou les infirmes qui se trouvaient dans l’hôpital du camp, ont été objet de violences et intimidations afin d’accepter de se faire installer dans les camions affrétés par les autorités congolaises pour les conduire dans le bases militaire de Kamina, au Katanga, et de Kitona, au Bas-Congo.

Le major Janvier, qui refusait de monter dans un camion a été poignardé à la tête. D’autres se sont repliés sur les collines environnantes et ont été les cibles de coups de feu.

L’Agence d’information a reçu ces informations ce matin à 07h00 dans une dépêche venant du service de presse du M23 et dont nous reproduisons intégralement les contenus :

« Des combattants du M23 cantonnés dans le camp militaire de Bihanga viennent d’essuyer des tirs à balles réelles ce matin lorsqu’ils résistaient pacifiquement contre leur rapatriement forcé. En effet, ils ont été surpris tôt ce matin par l’arrivée de plusieurs véhicules camions dans le camp destinés à leur acheminement à l’aéroport d’Entebbe pour être embarqués de force dans les avions apprêtés par le gouvernement congolais.

Ils ont alors préféré de se mettre à l’abri du personnel déployé pour leur embarquement forcés et ils se sont retirés sur les hauteurs qui surplombent le camp et c’est alors qu’ils ont essuyé des tirs à balles réelles.

Nous apprenons en dernière minute qu’il y aurait eu plusieurs blessés, voire des morts. La direction du Mouvement du 23 Mars vient de transmettre aux autorités concernées une lettre de protestation contre une procédure de rapatriement qui viole les règles du droit ainsi que les Déclarations de Nairobi. »

A 12h30, une source proche de la direction du même mouvement lance sur les réseaux sociaux et à l’intention des médias régionaux et internationaux un communiqué intitulé : le refus de rentrer au Congo est un droit pour le M23, et que nous reproduisons en Annexe 1.

Aux alentours de 14h30, Radio France Internationale publie une interview de Bertrand Bisimwa, président du M23, intitulée « Le M23 dénonce une opération de rapatriement forcé menée par l’armée ougandaise », où l’on reporte les mêmes faits évoqués au début de notre dépêche.

Pendant que nous écrivons, à 15h30, nous recevons une autre information, qui annonce un véritable coup de théâtre sur ces événements qui s’enchaînent d’une manière convulsive depuis les premières heures du matin : par un tweet, le porte-parole de l’UPDF (Uganda People Defence Force, armée ougandaise), le lieutenant colonel Paddy Ankunda, annonce la fin de l’ « opération » et son report sine die.

A l’heure actuelle, le cadre de la situation est le suivant : le camp de Bihanga est vide, alors que la plupart des militaires de l’ex-M23, suite aux affrontements, se reposent sur une montagne quelque peu éloignée.

Certains parmi eux avaient auparavant essayé de rejoindre le camp de réfugiés de Rwamwanja pour se faire accorder le statut de réfugiés politiques.

Les soldats qui ont été obligés de monter dans les camions seraient une quarantaine.

Nous rappelons qu’une délégation venant de Kinshasa – dirigée par le général Delphin Kahimbi, responsable du DDR (processus de désarmement, démobilisation et réinsertion), par le chef des services de renseignements Kalev Mutond et par le vice ministre des Affaires étrangères Ntunda Wa Kasende, a séjourné du 6 au 13 décembre en Ouganda pour convaincre les autorités ougandaises d’imposer le rapatriement forcé aux ex-combattants du M23.

Elle avait obtenu gain de cause auprès du ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, qui avait essayé, sans y réussir, d’acheminer les soldats de Bihanga par avion à destination des bases militaires en RDC.

Ces derniers avaient accueilli les membres de la délégation congolaise arrivés dans le camp avec pierres et bâtons signifiant par là leur refus de discuter en absence de leur hiérarchie.

Le général Sultani Makenga, ancien patron de la branche armée du M23, avait été précédemment interdit de se joindre à ses anciens subalternes, dont le commandement restait assuré par le colonel Mboneza.

D’autres informations et une analyse de ces événements à suivre sur l’Agence d’information (www.lagencedinformation.com).

ANNEXE 1
LE REFUS DE RENTRER AU CONGO EST UN DROIT POUR LE M23

Un des principes fondamentaux du droit des réfugiés est celui du non-refoulement en vertu duquel une personne à qui la qualité de réfugié a été reconnue, ou même QUI DEMANDE QUE CETTE QUALITÉ LUI SOIT RECONNUE, ne peut être renvoyée vers son pays d’origine.

La qualité de réfugié, au sens de la Convention de Genève, suppose la réunion de trois éléments :

1. L’existence de craintes fondées de persécutions dans le pays d’origine, comme c’est le cas pour les éléments du M23 au Congo :

- Tous les prisonniers M23 croupissent encore dans les geôles de l’ ANR à travers le pays.
- À ce jour, au Congo, toute personne soupçonnée d’ être membre du M23 ou d’ être en contact avec celui-ci, est persécutée sans aucune autre forme de procès.
- Le suicide collectif forcé des ex-combattants à KOTAKOLI n’ est pas de nature à rassurer les éléments du M23, surtout ceux qui tiennent à leur vie, à retourner au Congo dans les conditions actuelles.

2. Les causes des persécutions que l’on craint : la race, la religion, la nationalité, l’appartenance sociale ou les opinions politiques :

- De manière quasiment indélébile, le gouvernement Congolais a réussi à inculquer dans la mémoire collective des nos concitoyens, une idée selon laquelle les éléments du M23 qui sont Rwandophones, sont des Rwandais qu’ il faut chasser du Congo.
- Le M23 est la seule force d’ opposition armée qui combat le régime dictatorial de Monsieur Kabila.
- A ce jour, être Tutsi ou Rwandophone au Congo est une raison suffisante pour mourir ou se trouver en prison : Ce qui s’est passé hier à Kisangani est une bonne illustration. Pour le simplet fait que le général Kabundi soit un ex-commandant du CNDP, et que ses gardes du corps présentent une ’morphologie tutsi’, les habitants les ont directement assimilés aux Rwandais, et des jeunes étudiants munis de pierres ont quitté les salles des cours pour pourchasser ces hommes du général de brigade Innocent Kabundi, les qualifiant "des Rwandais qui veulent prendre la place des officiers congolais".

3. Les conséquences de ces craintes de persécutions : l’impossibilité ou le refus de se placer sous la protection du pays d’origine.

Les éléments du M23 refusent catégoriquement de se placer sous la protection du gouvernement Congolais.

N.B :

Dans ces conditions, on comprend aisément que les éléments du M23 doivent bénéficier d’une protection spéciale en Ouganda et au Rwanda, laquelle protection destinée à empêcher qu’ils puissent être contraints à retourner dans leur pays d’ origine, le Congo, où ils font l’ objet des persécutions.

Cette garantie revêt deux aspects :

- D’une part, le principe du non-refoulement qui interdit le renvoi direct d’un réfugié sur son pays d’origine ;
- D’autre part, les restrictions à l’expulsion, y compris sur un pays tiers, pour éviter le risque d’une remise indirecte au pays d’origine.

Moralité :
Ni l’Ouganda, ni le Congo, personne n’ a le droit de forcer le M23 à rentrer au Congo.

Mis en ligne par L’Agence d’information
 16/12/2014
 http://www.lagencedinformation.com/076-tentatives-echouees-de.html
Sauf mention contraire, droits de reproduction et diffusion autorisés selon la licence Creative Commons Attribution BY-SA 4.0

La Nuit rwandaise 11 - Volume 1 | La Nuit rwandaise 11 - Volume 2

LE TARTUFFE OU L’IMPOSTEUR / ARCHIVES & TÉMOIGNAGES / LES FAITS SONT TÊTUS / DOCUMENTS / NEGATIONNISME ET EGLISE / RWANDA, DEMAIN / LA NUIT BURUNDAISE / LA NUIT CONGOLAISE / DOCUMENTS / DOSSIER DGR / RWANDA, ILS ECRIVENT / REMERCIEMENTS


 En savoir plus

Voir aussi

Nouvelles attaques des FARDC contre le M23

 Le 21 et le 22 juillet 2013 deux attaques importantes ont été lancées contre le M23 par les Forces armées rdcongolaises sans que les positions bougent, ceci en (...)

Le 21 et le 22 juillet 2013 deux attaques importantes ont été lancées contre le M23 par les Forces armées rdcongolaises sans que les positions bougent, ceci en dépit d’importants bombardements, et du recours aux hélicoptères ainsi qu’à l’infanterie. La guerre de l’information fait toujours rage autour de cette bataille dont la prolongation et l’intensification interdisent tout pronostic.

Two important attacks against the M23 have been launched on july 21 and 22, lead by the FARDC, and failed to move the frontline, despite heavy shelling and the help of helicopters and infantery. The war of information is still raging about this battle as its extension and intensification prohibit prognosis.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 23/07/2013

RDC : Appel urgent au Président Macron

 Aujourd’hui, on tue à Kinshasa. C’est à la mitrailleuse que l’armée tire sur la foule descendue dans les rues pour contester le régime de Joseph Kabila (...)

Aujourd’hui, on tue à Kinshasa.

C’est à la mitrailleuse que l’armée tire sur la foule descendue dans les rues pour contester le régime de Joseph Kabila prolongé au-delà de son deuxième mandat sans même un simulacre d’élection.

Rappelons, Monsieur le Président, que cette répression intervient moins d’un an après l’ouverture, en juillet, d’un centre de formation pour les hauts gradés de l’armée rdcongolaise, formation aux techniques de contre-insurrection assurée par des instructeurs français.

Depuis plusieurs années, dans ce pays ravagé par la misère, on a pu voir l’action délétère du général Baillaud, instrumentalisant diverses milices et bandes armées à seule fin de déstabilisation, ceci prenant des proportions effrayantes, d’abord au Kivu, et maintenant au Kasaï, où les sbires de Kabila ne reculent devant aucun des sales procédés de la « guerre révolutionnaire » chère à l’armée française depuis les années 50.

Nous demandons ici solennellement le rappel du général Baillaud, ainsi que la fermeture immédiate de cette école militaire criminelle ouverte à Kinshasa sous votre responsabilité.

Nous dénonçons aussi le fait que la France – et l’Espagne [1] – aient osé bloquer toute protestation européenne, de même que la France paralyse l’ONU sur ce dossier depuis bien longtemps.

Nous demandons que la France renonce à sa fonction de « penholder » [2] au Conseil de sécurité, et rappelle au besoin son ambassadeur auprès de cet organisme, afin de permettre à la communauté internationale de regarder la situation plus impartialement.

L’Agence d’Information
La Nuit rwandaise

Mis en ligne par L’Agence d’information

 21/01/2018

Le gouvernement congolais ne paraît pas si bien bien disposé à mettre en œuvre (...)

 « Pour débarrasser le Rwanda d’un autre prétexte fallacieux sur la présence des réfugiés congolais sur son sol, le Gouvernement va travailler pour un retour (...)

« Pour débarrasser le Rwanda d’un autre prétexte fallacieux sur la présence des réfugiés congolais sur son sol, le Gouvernement va travailler pour un retour rapide de nos compatriotes en respect des règles du HCR (haut commissariat aux réfugiés) et en impliquant étroitement les notabilités locales. Pour mettre fin aux manœuvres dilatoires justifiant le non-respect de la feuille de route de Luanda, l’Angola se chargera avec le facilitateur Kenyatta de notifier au M23 les décisions du mini-sommet d’Addis-Abeba et sa mise en œuvre immédiate ».
— Patrick Muyaya

Mis en ligne par L’Agence d’information

 21/02/2023